mardi 18 octobre 2011

Fin du mois d'août

C'est un peu tard pour écrire un bilan de ce premier mois passé en Finlande, mais je devais le faire. Ce mois a été réellement une aventure intensive, et merveilleuse. Je m'excuse par avance pour le côté totalement personnel de ce billet, mais ça fait parfois du bien de parler de ce qu'on ressent. Pour me faire pardonner, voici une jolie photo.

Aucun rapport avec le reste de ce billet. Photo prise dans la colline d'Ounasvaara,  le 1er octobre.
Il est difficile de s'imaginer, quand on ne l'a pas vécu, qu'on puisse s'attacher autant à des personnes que l'on ne connait depuis que 30 jours. Et pourtant ! Venus des 4 coins de l'Europe, nous avons passé ensemble chaque jour (ou presque) de ce mois. Nous avons partagé nos histoires, nos différences, mais aussi notre découverte commune de la Laponie. Nous avons vécu, ri, appris, mangé, fait la fête, voyagé, et ce toujours tous ensemble. Ça crée des liens.

Mais voilà, fin août, il était temps de se dire au revoir. Et oui, seulement un quart des participants au cours restaient à Rovaniemi, le reste s'est éparpillé en Finlande : Helsinki, Kuopio, Oulu...En plus, tous ne sont pas partis en même temps, ce qui a rendu cette journée des départs encore plus éprouvante pour nous qui restions. A 4 ou 5 reprises, on se regroupait devant la résidence pour se serrer dans les bras les uns des autres une dernière fois. Autant vous dire qu'on n'était pas spécialement souriants.

Vu les liens qui se sont créés entre nous durant ce mois, ça n'était néanmoins qu'un au revoir : à l'heure où j'écris ces lignes, j'ai déjà revu une grande partie de ceux à qui j'ai dit au revoir ce jour-là. Ça reste quand même un moment marqué dans nos mémoires, au même titre que ce premier mois Lapon.

Ce jour marquait également le début de la "vraie" année Erasmus, avec l'arrivée des premiers nouveaux étudiants. Pas facile d'accueillir chaleureusement des nouveaux inconnus quand on vient de dire au revoir à des personnes devenues si proches, même si on a fait de notre mieux. Après désormais un mois et demi avec les "nouveaux", même si beaucoup d'entre eux sont également devenus des amis, les liens entre nous ne sont pas du tout les mêmes. Je m'en suis particulièrement rendu compte en revoyant des "anciens" du cours EILC. Nous espérons tous que ces liens seront identiques un jour, le contraire serait injuste, mais ça n'est pas si simple...

jeudi 13 octobre 2011

Premier mois - Nordkapp

Il est quand même temps, à mi-octobre, que je finisse de raconter les aventures du mois d'août. Après la fin du cours EILC, le succès de tous les membres du groupe à l'examen final et la cérémonie de clôture, nous sommes partis à 17 (deux vans de 9 places) vers le point le plus au Nord d'Europe : Nordkapp, en Norvège. Ce périple de plus de 700 km à l'aller - et au moins autant au retour - nous aura fait traverser la Laponie dans le sens de la hauteur. Comme d'habitude, une petite carte pour commencer.

Quand je vous le dit que c'est au Nord.
L'aller : impossible de se perdre en Laponie

Petite balade pendant une de nos pauses.
Il faut savoir qu'il y a très peu de routes principales en Laponie. Par exemple, depuis Rovaniemi, vous n'avez que 5 choix : Nord-Ouest, Nord-Est (qui se sépare ensuite entre Nord et Est), Est, Sud-Est et Sud-Ouest (qui rejoint ensuite la même route que Nord-Ouest). Pour aller à Nordkapp, nous avons donc suivi exactement la même route que pour notre voyage à Inari, où nous avons d'ailleurs fait une pause café. Nous avons profité de la pause pour demander notre route au cas où. On nous a répondu "vous êtes sur la bonne route, mais tournez à gauche dans 50 km". On a effectivement tourné à gauche 50 km plus loin. D'après ce qu'a avancé une expatriée allemande rencontrée plus tard, c'est une façon typique d'indiquer la route ici. Elle m'a notamment raconté que des amis l'ayant invité à dîner lui avaient déjà dit "tu pars de cette ville, et 23 km plus loin tu prends le chemin de terre sur la droite, tu verras c'est la maison rouge". Le pire, c'est que ça marche.

Mais cessons cette divagation. Après une douzaine d'heures de route, dont plusieurs heures de pause, et plusieurs dizaines (centaines ?) de rennes, nous avons enfin atteint la commune de Nordkapp, et notre camping situé à une quinzaine de km du Cap en question. Il est temps de se reposer avant la longue randonnée du lendemain.

Deux Nordkapp : version touristique, version difficile

La route vers le point touristique, vue depuis le parking
pour le point non-touristique.
Remarquez la densité de la végétation. Et des rennes.
On pourrait croire qu'il n'y a qu'un seul point le plus au Nord d'Europe, ça serait d'ailleurs vrai et logique. Mais en fait, c'est un peu plus compliqué. Il y a un Nordkapp lieu touristique, avec des monuments, un globe terrestre métallique et un musée, perché en haut d'une falaise. Ça en jette. Mais ça n'est pas le vrai point le plus au Nord d'Europe. Pour atteindre le vrai Nordkapp, représenté par une simple balise en béton, il faut marcher 8 km depuis un petit parking situé quelques kilomètres avant le Nordkapp touristique.

Le sentier de randonnée est peu marqué au sol, il est simplement indiqué par de gros tas de pierres empilées à intervalles régulier ou par des flèches peintes sur des gros rochers. A l'aller, je n'avais pour être franc pas compris le rôle de ces tas de pierres. Je vais y revenir. Nous voici donc partis pour 8 km de marche jusqu'au vrai point le plus au Nord d'Europe. Comme vous pouvez le deviner, le temps n'était pas très beau. Nous avons subi une pluie fine toute la journée, ce qui a trempé nos jeans et a même pénétré nos coupe-vents imperméables. Sur le dernier kilomètre, nous devions marcher sur des roches assez glissantes orientées en pente douce directement sur l'Océan Arctique. Mes lunettes étaient couvertes de gouttes : impossible de voir avec, impossible de voir sans, et c'était encore pire si j'avais l'idée de les essuyer. Impossible de les essuyer de toute façon : je n'avais plus rien de sec avec moi.

Attention à ne pas glisser.
Le Nordkapp touristique est perché sur la falaise au fond.
3 heures de marche plus tard, nous voici arrivés au vrai Nordkapp. Petite pause de 5 à 30 min selon l'ordre d'arrivée (10 min pour moi) le temps de prendre des photos et de grignoter quelque chose en subissant un fort vent venu de l'Océan et une pluie battante, et nous voilà repartis en sens inverse.

C'est là que nous commençons à nous rendre compte de la dangerosité - relative - de cette randonnée. Le vrai risque n'est pas tant de glisser dans l'Océan que de se perdre. En effet, le temps est très changeant au Nordkapp et un brouillard épais commence à tomber. Nous ne pouvions plus voir qu'à quelques dizaines de mètres devant nous. D'où l'utilité des piles de pierres : on peut généralement les apercevoir à travers le brouillard. Parfois, il était trop épais pour ça, nous continuions donc droit devant en gardant en vue le tas précédent. Il est généralement conseillé aux randonneurs de laisser un mot sur le tableau de bord indiquant par exemple l'heure de départ en randonnée et le nombre de personnes, histoire que des secours se mettent en route assez vite. Nous sommes bien entendu tous rentrés sains, saufs, trempés et les chevilles couvertes de boue. 

Malgré la difficulté de la randonnée, je ne regrette absolument pas le choix que nous avons fait de marcher. Si c'était à refaire, je le referais volontiers : atteindre le point le plus septentrional de l'Europe est quelque chose qui se doit d'être un minimum "sportif" selon moi : on doit vaincre le Nordkapp, et pas simplement y aller en voiture, prendre deux photos et repartir. Je ne ferais sans doute pas le voyage à l'identique par contre, et me permets de partager les raisons avec vous.

Auto-critique : quelques conseils pouvant être utiles

Malgré une bonne préparation et une aventure fabuleuse, certaines choses auraient pu rendre ce voyage plus sympathique. Si vous souhaitez réaliser cette aventure, permettez-moi de vous prodiguer quelques conseils qui peuvent paraître ridicules, mais qui nous auraient bien servi.

Le fjord où était situé notre camping.
Tout d'abord, faire un voyage aussi long juste pour le Nordkapp est un peu dommage. Nous étions trop nombreux pour nous permettre un voyage durant plus longtemps (prix de l'hébergement et des véhicules), ça n'est donc pas tant une critique envers notre voyage qu'un conseil aux personnes intéressées : il peut être plus intéressant de visiter d'autres choses sur la route (fermes de rennes, villes, ...) que de vous contenter du Nordkapp. Pour ça, il vaut mieux partir moins nombreux.

Pour la randonnée elle-même, en plus de laisser un message dans la voiture je conseillerais chaleureusement de laisser des vêtements chauds et secs. Nombre d'entre nous n'avaient même pas de jean sec de rechange (j'en faisais partie). Vu la quantité de pluie absorbée par nos vêtements, tous n'étaient pas encore secs le lendemain.

Enfin, renseignez-vous quand à la validité de l'assurance de votre véhicule de location si vous voyagez entre les différents pays scandinaves. Chaque compagnie a des règles spécifiques, il vaut donc mieux être honnête avec eux et dire où vous projetez d'aller. Nous avons eu un souci - sans gravité - avec un des vans, ça nous aurait évité bien des soucis d'y avoir pensé.

Même si je ne suis pas sûr qu'ils liront un jour ces lignes, je tiens particulièrement à remercier tous nos conducteurs durant ce voyage : la route était longue, monotone, et parfois loin d'être facile. Ils ont néanmoins réussi à nous transporter avec brio et en toute sécurité. Merci.

Ainsi se termine cette aventure. Pour conclure, une photo d'une partie de notre groupe au bord de l'Océan, dans le pur style série américaine. Vous pouvez voir toutes les photos du voyage dans la galerie.

Petits changements sur le blog

Un court message après 10 jours de non-écriture, dont la moitié correspondait à un long voyage que j'ai à vous raconter, pour vous prévenir de quelques changements sur le blog.
Devinez où je suis allé.
Plus d'interaction, et plus d'activité

J'ai créé un compte Twitter pour le blog (@AnneeLapone). Je compte l'utiliser à des fins de micro-blogging : je posterai dessus régulièrement pour vous livrer des instantanés de la vie ici, ce qui est impossible avec le format blog classique (ou alors très difficile à suivre). Vous pouvez lire les 5 derniers tweets postés dans la colonne de droite du blog. Si vous êtes inscrit sur Twitter, je vous invite donc à m'y suivre.

Souhaitant également interagir beaucoup plus avec vous qui me lisez, j'ai créé une adresse email (frenchguyinlapland[arrobase]gmail[point]com) pour recevoir vos éventuelles questions, remarques, suggestions, lettres d'amour ou d'insultes. Les commentaires sont bien sûr toujours là pour vous exprimer, et toujours soumis à ma validation a priori, ce qui ne signifie pas que je les refuserai s'ils sont critiques, c'est pas le genre de la maison.

J'ai également modifié la page "Avant-propos" qui devient "A propos (du blogueur, du blog)" et y ait rajouté cette partie que je me permets de vous communiquer ici à des fins de pure transparence, et honnêteté due à vous qui prenez le temps de me lire.
Liens avec l'office de tourisme de Rovaniemi : 
Certains d'entre vous sont peut-être arrivés sur ce blog via le site français de l'office de tourisme de Rovaniemi. Vous êtes donc en droit de vous demander quels sont les liens qui nous unissent. 
L'office de tourisme de Rovaniemi cherchait des blogueurs de différentes langues maternelles afin de montrer aux personnes souhaitant visiter la ville comment se passait la vie ici de manière réelle, c'est-à-dire non écrite par des spécialistes du marketing. Dans la mesure où je souhaitais dès le départ que mon blog soit un lieu d'information sur la Laponie, je me suis permis de leur envoyer un lien. Ils ont bien aimé, et m'ont proposé un partenariat : j'accepte que mon blog leur serve de publicité indépendante, en échange de quoi je peux obtenir des accès à certaines activités, ou quelques visites de musées sur lesquels je souhaite écrire. 
Vous pouvez également vous demander ce qu'il advient de ma liberté de parole : l'office de tourisme n'apprécierait peut-être pas que je dise du mal de la région. Tout d'abord, je vais me répéter : ils veulent une histoire réelle et non du marketing. C'est donc un risque qu'ils acceptent : si je dois réduire ma liberté de parole, leur objectif est falsifié. Il faut ensuite également savoir qu'à moins d'avoir vraiment un très fort coup de gueule à passer, je ne suis pas du genre à dire du mal des gens ou des lieux que je visite. Si je n'aime pas, je n'en parle pas...Et je le faisais déjà avant de mettre au point ce partenariat avec eux. Je ne me suis par exemple pas éternisé sur le village du Père Noël. Afin d'être totalement honnête avec vous, je dois préciser qu'ils m'ont quand même demandé de les prévenir auparavant si je souhaite écrire une critique négative d'un évènement, de la ville, ou d'une visite que j'ai effectuée. Libre à moi de le faire ou pas, mais dans tous les cas ils m'ont bien fait comprendre qu'ils ne m'empêcheraient pas de publier. 
Au sujet des accès éventuellement offerts par l'office de tourisme, sachez que je m'engage à vous prévenir systématiquement dès le début de l'article quand j'aurai eu accès à certains endroits grâce à eux. Même si mon écriture ne sera pas consciemment modifiée en fonction, je préfère rester honnête vis-à-vis de vous.
Les plus perspicaces d'entre vous auront compris que je suis allé passer quelques jours à Helsinki. Je dois d'abord vous raconter un autre voyage, et peut-être quelques éléments de la vie ici. Je vais tenter de rattrapper mon retard la semaine prochaine, alors patience ! 

dimanche 2 octobre 2011

Rakastan revontulet! (J'aime les aurores boréales)

Ces dernières semaines, j'ai vu mes premières aurores boréales. C'est donc le moment rêvé pour vous écrire un article sur ce phénomène naturel joli comme tout. C'est un sujet bateau quand on passe un an en Finlande, et a fortiori [1] en Laponie, mais tant pis !

Tout d'abord, voyons à quoi ça ressemble. Je n'ai qu'une photo où l'on voit quelque chose pour le moment, et elle a été prise un peu n'importe comment. Je vous présente la version originale et la version "améliorée-pour-qu'on-y-voit-un-peu-plus-clair-parce-que-bon-hein" :

Version "non mais là on voit rien"
Version "Photoshop Aperture est mon ami"
Je suppose que beaucoup d'entre vous ont de toute façon déjà vu de bien plus belles photos ailleurs, mais c'était juste pour décorer l'article. A vrai dire, les premières que j'ai vues (18 septembre) étaient plutôt ténues et blanches : l'activité solaire avait été assez faible, et la Lune brillait dans le ciel. Par contre, le 1er octobre vers 2h30 du matin, elles étaient bien vertes et couraient tout autour du ciel.

En vrai, les aurores boréales sont encore plus actives qu'à peu près tout ce que vous avez pu voir jusqu'à présent dans la mesure où les vidéos sont généralement faites à partir de photos et non de scènes réellement filmées. Le poète américain Bayard Taylor les a décrites comme étant un rideau de feu coloré en mouvement dans le ciel. Cette description colle assez bien, mais reste faible par rapport à la réalité : c'est au final assez difficile à décrire, entre le nuage et le rideau qui bouge en permanence mais parfois s'arrête, ou est composé de parties fixes et d'autres mouvantes, disparaissant et réapparaissant sans cesse.

Ici, aurore boréale se dit revontuli (pluriel : revontulet), revon étant une ancienne manière de dire "renard", et tuli étant l'équivalent finnois de "feu". Renard de feu (à ne pas confondre avec Firefox, qui est un panda roux), parce que pour les peuples locaux les aurores boréales décrivaient la course d'un renard de feu dans le ciel. C'est beaucoup plus intéressant que la réalité scientifique que je vais vous raconter.

Pour faire simple, ces aurores sont causées par l'arrivée massive de particules chargées électriquement en provenance directe du Soleil dans le champ magnétique terrestre qui se charge de les rendre inoffensives, ce qui est bien urbain de sa part [2] : sans cette protection, nous ne serions pas là. Quand les particules heurtent le champ magnétique terrestre, au lieu d'émettre le classique "bong" que fait n'importe qui ou n'importe quoi entrant en contact avec quelque chose, les particules sont redirigées vers les pôles et se stabilisent électriquement, ce qui produit de l'énergie sous forme de lumière. Selon la particule, la couleur de cette lumière varie.

Il faut savoir que des aurores boréales peuvent parfois être observées dans des régions éloignées des pôles, mais uniquement durant les périodes de très forte activité solaire. A Rovaniemi, on peut en observer en moyenne un jour sur deux à condition que le ciel soit totalement dégagé, et qu'il fasse vraiment noir. On peut en voir sans forcément grimper sur les hauteurs de la ville, les photos du début d'article ont été prises depuis un bâtiment de Kuntotie.

Les lampadaires peuvent un peu gêner l'observation, mais ça n'est pas si dur de les éviter ici. Au pire, un bon lancer de pavé bien placé peut régler le problème.

[Précision : vous pouvez voir des photos d'autres aurores boréales photographiées par mes soins ici.]

[1] : Oui, ça fait classe de mettre du latin en italique.
[2] : Oui, les vieilles expressions font également classe.