jeudi 10 novembre 2011

L'organisation des cours : un autre point de vue

L'organisation des cours ici est assez différent de ce qu'on a généralement en France. Ça tiendrait de l'utopisme (ou de la folie) en France, et pourtant ici ça marche. Ça n'est pas à moi de dire si c'est mieux ou pire, si ça marcherait ou pas bien que j'ai mon idée sur la question, c'est juste différent : un autre point de vue sur l'enseignement et sur l'université.


La confiance (encore)

J'avais déjà parlé d'un élément très important ici qu'est la confiance. Elle se retrouve aussi à l'université, et ce dès les portes franchies.

On trouve en effet aux différentes entrées de l'université des vestiaires où chacun accroche ou pose ses affaires à son arrivée (manteaux, bonnets, gants, bottes, parfois même colis) pour ne pas avoir à les emporter avec lui toute la journée. En fin de journée, vous pouvez être sûrs que vos affaires seront exactement là où vous les avez laissées. C'est d'ailleurs nécessaire ici pendant l'hiver, histoire de ne pas devoir se balader du matin au soir avec plusieurs kilos d'équipement. Ce système repose sur une confiance mutuelle : on aime tous pouvoir s'alléger de nos affaires en arrivant, et les retrouver en partant, du coup on respecte tous ce vestiaire.

La confiance a également sa place dans le choix de son cursus : ici, les cours sont "à la carte" ou presque. Mis à part quelques cours obligatoires selon le diplôme choisi (histoire que l'intitulé du diplôme tienne debout), et quelques cours inaccessibles car nécessitant des pré-requis particuliers (les ateliers artistiques ne peuvent pas être suivi par des étudiants n'étudiant que le droit par exemple), chacun compose lui-même son cursus. C'est assez souvent le même principe pour les étudiants partant en Erasmus, sauf qu'ici c'est appliqué également aux étudiants locaux. On fait confiance aux étudiants pour faire des choix qui leur correspondent, ce qui leur donne - en théorie - de meilleures chances de réussites : on s'investit beaucoup plus facilement dans un sujet qui nous intéresse.

L'humanité

Le système français est loin d'être le pire, mais il a un défaut commun à beaucoup d'autres systèmes : les étudiants ne sont quasiment pas considérés comme des humains. On ne commence à les considérer comme tels qu'en fin de licence ou en master, quand la différence entre prof et étudiant commence à se réduire (et encore, ça dépend des disciplines, des facs, et des profs). Les étudiants considérés comme des humains sont alors ceux qui montrent (ou simulent) un intérêt particulier pour la matière enseignée. Eux seuls peuvent éventuellement se rapprocher des profs, discuter avec eux, mais sans forcément montrer leurs faiblesses : les places en deuxième année de master sont rares, et c'est encore pire en doctorat.

Ici, globalement, les étudiants sont considérés comme des humains à part entière, et font partie intégrante des cours. Tout le monde s'appelle par son prénom. Les profs comme les personnels administratifs sont quasiment tous réactifs : je n'ai jamais eu à attendre plus de quelques heures une réponse à un mail. Il est - presque - toujours possible de négocier une absence voire même un examen ou une date de rendu de dossier. Selon les cas, la forme même d'un examen peut changer après discussion avec un professeur. En cas d'examen écrit, les profs connaissent le nom de l'élève qu'ils corrigent. Ça n'est pas un souci ici, bien au contraire : ça permet de tenir compte de ses difficultés (ou facilités) personnelles. Les examens écrits peuvent être repassés plusieurs fois en cas d'échec ou pour avoir une meilleure note.

Ça n'est pas pour autant que les profs sont (ou doivent être) des amis : ce sont des professeurs, ils gardent le dernier mot et l'autorité. Ce qui n'est pas incompatible avec un minimum de compréhension et d'humanité.

Revers de la médaille

Bien entendu, ces aspects tenant de l'utopie en France ont des mauvais côtés. Tout d'abord, la possibilité de choisir ses cours à la carte empêche d'avoir un emploi du temps "stable" comme on pourrait l'avoir en France. Certains cours ici ne durent que quelques semaines, voire parfois quelques jours (en intensif dans ce cas), il faut donc tenir au jour le jour son emploi du temps. Les chevauchements de cours sont également quasiment inévitables vu que tous les étudiants suivant un même cours n'ont pas un choix de cours identique. S'en suivent des négociations avec le prof pour modifier l'horaire du cours, ce qui peut créer d'autres chevauchements, etc. Si un prof est malade, trouver un horaire où une majorité de personnes sont disponibles tient du miracle.

En comparaison, en France, on a globalement un emploi du temps stable pour chaque semestre. En cas d'absence d'un prof, il y a généralement moyen de trouver un horaire où quasiment tout le monde est libre.

La possibilité de changer régulièrement de sujet pose ensuite le problème de la durée des études : il peut s'avérer beaucoup plus long de finir sa licence par exemple vu qu'il faut un certain nombre de crédits au final, nombre qu'on n'est pas sûr d'avoir si on a changé de voie en cours de route. En France, tout est établit à l'avance : pour les cas où il y a un choix de cours, il est limité entre des cours de même "valeur" (en terme de crédits). C'est beaucoup plus sécurisant, mais beaucoup plus limitant également.

1 commentaire:

  1. Confiance et humanité opposées à une gestion du temps plus contraignante pour le système finnois, mon choix est vite fait. Je préfère être considéré comme un être humain et être dans un système social reposant sur la confiance pour réaliser une licence en 4 ou 5 ans en la composant presque de façon artisanale mais personnelle que d'être un numéro pendant 3 ans et ce pour la plupart de mes rapports humains. C'est cependant un peu extrême car il faut reconnaître qu'il y a de rares exceptions mais le système, il est vrai, gère des dossiers et non des Hommes.

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