mercredi 31 août 2011

Poro poro poro poro

"Poro" signifie "renne" en finnois. Les rennes sont un élément majeur de la Finlande (plus particulièrement de la Laponie), et sont totalement incontournables pour quiconque se balade en voiture par ici. Avant de parler de nos amis poilus, faisons une parenthèse culturelle.

Laponie en tant que terres Saami.
(Wikipedia)
Au sens large - nous dit Wikipédia, la Laponie est la terre du peuple Sami. Les Samis forment le plus grand peuple autochtone européen (je ne suis pas sûr qu'ils soient les seuls, mais ils n'en sont pas loin). Ils ont leurs propres langues, au nombre de 6, et sont historiquement des éleveurs de rennes. Les rennes ne sont donc pas une spécialité finlandaise mais plutôt une spécialité lapone, s'étendant sur les trois pays où sont présents les Samis : Norvège, Suède, Russie et Finlande (cf carte).

Pour ne pas nous éparpiller, restons en Finlande. La Laponie finlandaise compte ~200 000 rennes et ~180 000 habitants. Traditionnellement, les rennes ne sont pas parqués dans des enclos bien qu'ils soient l'équivalent des vaches ici (le lait mis à part). Ils sont laissés en liberté et vont et viennent comme ils le souhaitent tout autour de la Laponie. Ils présentent ainsi un certain risque pour le conducteur mal réveillé : ils se promènent régulièrement sur les routes et n'ont pas spécialement peur des voitures. Ou en tout cas ils le montrent bizarrement, en tentant régulièrement de les doubler par la droite.
N'est-il pas mignon ?

Il faut savoir que nous croisons au final fort peu d'animaux sauvages sur les routes en France. Je ne pensais donc pas croiser autant de rennes que ça en arrivant ici. Et pourtant. En moyenne, je dirais que j'ai croisé un renne tous les 10 ou 20 km de route. Ils sont vraiment partout, seuls ou en groupe, au bord de la route ou sur la route.

Comme vous l'aurez deviné le prédateur principal du renne est la voiture, qui en tue 4000 par an.

Bien qu'ils soient laissés en liberté, les rennes ont tous un propriétaire. Les éleveurs les rassemblent une ou deux fois par an et observent les petits pour savoir quelle femelle ils suivent. Le propriétaire de la femelle devient ainsi propriétaire du petit qui la suit. Le petit est ensuite marqué à l'oreille par l'éleveur. Il est, soit dit en passant, très malpoli de demander à un éleveur de rennes combien de rennes il possède. Ça peut aller de 5 à plusieurs centaines, mais ça reste une question assez intime. Comme vous pouvez le deviner, il est très difficile de posséder soi-même un renne sans racheter un élevage entier par exemple. Le problème n'est pas tant d'avoir l'argent pour en acheter un que de trouver un éleveur souhaitant vendre un renne.
Eleveur de rennes Sami. Très gentil au demeurant.

Comme dans le cochon, tout est bon dans le renne. Les bois tout d'abord sont utilisés pour décorer des tasses ou des couteaux, ou encore pour faire des bijoux. Ils sont couverts d'une peau irriguée et composée de terminaisons nerveuses, évitez donc de toucher les bois d'un renne si vous avez l'occasion d'en caresser dans une ferme. Ils tombent naturellement une fois par an. Les rennes perdent la peau entourant leurs bois une fois l'automne arrivé.

Renne en train de perdre la peau entourant ses bois. Et oui,
même en août, c'est déjà l'automne par endroits.
La peau (cuir) du renne peut être utilisée pour confectionner des chapeaux, des bottes, des gants. Les Samis l'ont toujours fait et continuent de porter des bouts de rennes dans leurs habits traditionnels. Bien entendu, la viande de renne se mange. C'est assez spécial, généralement le goût est assez prononcé quand c'est bien préparé. On peut en trouver sur des pizzas, en faire une soupe, ou la manger bouillie avec de la purée et de la confiture d'airelles. Cette viande est par contre relativement chère, comme vous pouvez le deviner. Mais si vous avez l'occasion, essayez, juste pour savoir si vous aimez.

Je finirais donc ce message par un avertissement : si vous parcourez la Laponie en voiture, faites très attention aux rennes. Ils sont vraiment très bêtes par moment, ralentissez donc bien quand vous passez à leur niveau (même s'ils sont sur le bas-côté). Il vaut mieux perdre 5 secondes en passant à leur niveau que des jours à réparer votre voiture. De toute façon, il vaut mieux rester prudent sur la route en Laponie : vous pourriez également croiser des élans. Un renne fait environ 1 m 20 de haut pour 100 kg, un élan grimpe jusque plus de 2 m de haut (sans compter les bois) pour 400/500 kg pour les plus frêles. Et ils sont encore plus rapides et plus imprévisibles que les rennes. C'est très rare d'en croiser : on a eu la "chance" d'en croiser en une journée plus que ce que certains finlandais de notre bus avaient jamais croisé dans leur vie, mais c'est très impressionnant (encore plus en voiture ou en moto).
Totalement normal en Laponie.

vendredi 19 août 2011

Quelques mots de finnois

Parce que bon, c'est que c'est un peu la vraie langue du coin quoi. Dans ce premier post, je vais me contenter des mots de base. Je tenterai d'expliquer les trucs un peu plus hardcore plus tard, quand je les aurai un peu mieux compris. Mon examen final est la semaine prochaine, ça veut donc dire que je vais parler grammaire dans pas très longtemps.

Pour commencer, jetons un petit coup d'oeil à comment se prononce l'alphabet, histoire que vous compreniez un peu comment les mots se prononcent sans que j'ai à l'expliquer à chaque fois. A noter : (*) = se prononce à l'intérieur d'un mot comme en français. Entre guillemets, la prononciation finnoise de la lettre.


A [aa] (*) F [äf] (*) K [koo] (*) P [pee] (*) U [uu] ("Ouragan") Y [yy] ("Turlututu")
B [bee] (*) G [gee] ("Guet") L [äl] (*) Q [kuu] (*) V [vee] (*) Z [tseta] (*)
C [cee] (*) H [hoo] (h aspiré) M [äm] (*) R [är] (r roulé) W [kaksois-vee,
tupla-vee]
Å [ruotsalainen oo]
(entre "heu" et "oh")
D [dee] (*) I [ii] (*) N [än] (*) S [äs] ("Salade") (comme dans "Walibi") Ä [ää] (entre "a" et "é") 
E [ee] (Béret) J [jii] (Youpi) O [oo] (*) T [tee] (*) X [äks] (*) Ö [öö] ("Heu")

En règle générale, un mot en finnois se prononce exactement comme il s'écrit et vice versa. Il n'y a pas de lettres muettes et presque pas de diphtongues (sons différents quand deux lettres particulières se suivent, a + i devenant "é" en français par exemple, pour faire simple - c'est pas tout à fait la même prononciation que é mais vous comprenez le principe). Il y a des exceptions, particulièrement pour des mots importés, mais assez peu pour ne pas s'en soucier.

En bref : une fois que vous savez comment chaque lettre se prononce (une seule prononciation possible), vous savez lire et écrire ce qu'on vous dit. La difficulté réside plutôt dans le doublement de voyelles/consonnes. Toutes les voyelles peuvent se doubler, et une bonne partie des consonnes peut en faire de même. Comme je vous l'ai dit, tout ce qui est écrit se prononce : s'il y a deux voyelles ou deux consonnes, on doit donc prononcer un peu plus longtemps cette partie du mot. Certains mots de sens assez différents peuvent donc sembler identiques si l'on a pas l'oreille préparée. C'est une première difficulté. Mais assez parlé théorie, commençons par quelques mots simples.

Comme dans beaucoup de langues (toutes ?), il y a plusieurs façon de dire bonjour selon l'heure de la journée. D'après ce que j'ai pu entendre dans la rue/les couloirs/les commerces, celles que je vais présenter ici sont toutes aussi (in)formelles les unes que les autres.

- Hei ! Moi ! / Terve !  -> Bonjour/Salut (n'importe quand). Moi se prononce "mo-ye" : pas de diphtongue française ici.

- (Hyvää) Huomenta ! -> Bonjour (le matin), équivalent à "Good morning". Le Hyvää (pour rappel : se prononce "Huvaaa", avec le h aspiré) est facultatif.

- (Hyvää) Päivää ! -> Bonjour (dans la journée, jusqu'un bon 18h/19h).

- (Hyvää) Iltaa ! -> Bonsoir.

Quant à "bonne nuit", c'est hyvää yötä ou bien (hyvää) öitä.

Pour se dire au revoir :

- Hei hei ! / Moi moi ! / Heipä ! -> Au revoir (tous aussi (in)formels les uns que les autres)

- Näkemin. -> Au revoir, un peu plus formel.

- Nähdään ! -> A bientôt (correspond vraiment bien à "See you", Nähdä étant le verbe "voir").

- Nähdään huomenna ! -> A demain.

Tant qu'on y est, apprenons les jours
de la semaine.
Maintenant, les formalités d'usage :

Kiitos ! -> Merci.

- Ei kesta. -> De rien.

- Ei se mitään. -> Pas de problème.

- Mitä kuuluu ? -> Comment ça va ?

- Kiitos hyvää ! Enta sinulle ? -> Merci, ça va. Et toi/vous ?

- Tervetuloa ! -> Bienvenue

- Hauska tavata ! / Hauska tutustua ! -> Enchanté / Ravi de faire ta/votre connaissance.

- Hyvää matkaa ! -> Bon voyage !

Et, important, comment dire oui et non :

- Joo. -> Oui pas très engagé mais oui quand même. Correspond au "yeah" anglais, peut-être un peu au "ouais" français. C'est un élément central des conversations typiquement finlandaises, qui peuvent être parfois...courtes.

- Kyllä. -> Oui plus classique.

- Ei. -> Non. C'est aussi un élément important de la négation du côté grammaire, j'en parlerai peut-être plus tard si ça vous intéresse d'en savoir plus sur la langue.

Et voilà, c'était les premiers mots de finnois. J'espère que ça vous a pas trop ennuyé et que vous en retiendrez quelques uns.

Nähdään !

jeudi 18 août 2011

EILC - Erasmus Intensive Language Courses

Bin oui, il serait temps que je parle de la raison pour laquelle je suis parti en Finlande début août et non début septembre.

Dans le cadre des programmes d'échange Erasmus, il est possible de participer à des cours de langue du pays d'accueil si celui-ci a une langue rarement enseignée...C'est-à-dire toutes les langues officielles parlées en Europe excepté l'allemand, l'anglais et le français (d'autres programmes peuvent être proposé dans les pays parlant ces langues). Ces cours correspondent au programme "EILC" (CIEL en français). On peut les suivre dans des pays allant de la Belgique (pour le flamand, pas le français) à la Turquie en passant par l'Estonie.

Découverte culturelle !
Comme vous l'aurez compris, je suis parti un mois plus tôt pour suivre un de ces cours de langue. Il est tout à fait possible de vivre un an (voire plus) en Finlande sans parler un mot de finnois, mais je trouve que pour comprendre une culture il faut connaitre un minimum sa langue. Certains mots sont impossibles à traduire, et reflètent un pays mieux que tout autre. Pour la Finlande, je pense à perkele par exemple - mais j'y reviendrai plus tard. Il était donc hors de question pour moi de partir vivre un an dans un pays sans même chercher à parler sa langue, et je me voyais mal me limiter aux "bonjour"/"merci"/"au revoir" (on a un cours pour ça ici : "finnois de survie", ça ne me semblait pas suffisant).
Makkara (saucisse) cuite
au feu de bois !

En plus de dispenser une 60aine d'heures de cours de finnois dans le mois, le programme EILC à Rovaniemi nous fait découvrir la culture finlandaise grâce à nos 4 formidables tuteurs Eeva, Marjo, Markus et Tama et à la responsable de l'accueil des étudiants étrangers, elle-même ancienne tutrice et ancienne Erasmus, Päivi.

L'Arctikum, musée de
l'Arctique (qui l'eu cru ?)
Ces découvertes culturelles nous ont fait visiter un zoo (et apprendre les noms d'animaux en finnois), regarder un film, écouter de la musique finlandaise, découvrir l'art Sami, le sauna et visiter le musée de l'Arctique ainsi qu'explorer Rovaniemi. Nous avons également eu un cours de cuisine locale, de danse, fait un karaoké (les finlandais aiment bien ça), visité une fabrique de vins artisanaux, fait une randonnée (+ saucisses grillées pendant la randonnée) et joué au pesäpallo, une version locale du baseball quasiment sport national.

Mais ça n'est pas fini ! Nous partons demain pour Inari, ville située encore plus au Nord, mais je garde le suspense quand à ce que nous allons y faire.

Au niveau de la langue en elle-même, le finnois me pose mine de rien pas mal de problèmes. La grammaire est assez exotique par rapport à la nôtre ou à celle de l'anglais. En plus de l'intégrer, il faut bien entendu apprendre par coeur tous les mots de "base", impossibles à inventer : jours de la semaine, mois (ne ressemblant pas du tout au français, contrairement à l'anglais par exemple), vocabulaire simple (pain - leipä, pomme de terre - peruna, carotte - porkkana). Certains mots sont plus simples à retenir (sukkla pour chocolat, banaani pour bananes), mais ça reste globalement pas si facile, et il ne faut pas oublier les doubles consonnes/doubles voyelles. Et bien entendu, j'apprends cette langue via une langue qui n'est pas ma langue maternelle. Mais c'est le cas des 48 autres étudiants ici, sauf une : la seule anglaise du groupe.

En tout cas, malgré la difficulté, cette langue reste pour moi très belle à écouter et j'espère réussir un jour à la connaître assez bien pour entretenir une conversation autre que celles issues d'un livre de cours.

Petit bonus : un enregistrement de ma prof de finnois se présentant et souhaitant un joyeux anniversaire. Pour celles et ceux qui n'ont jamais entendu de finnois, c'est le moment.

Plus d'info sur les cours EILC ? C'est par ici (en anglais).

lundi 15 août 2011

Stéréotypes versus réalité

Beaucoup de stéréotypes entourent les finlandais, la Finlande, et la Laponie. Pour en briser quelques uns, je vais vous raconter ma journée du dimanche 14 août. Voulant partir faire une balade à Kemijärvi, petite bourgade sympathique située à 90km au nord-est de Rovaniemi, nous sommes arrivés à 8h à la gare, sans billets, n'ayant pas imaginé que les guichets seraient fermés à cette heure là un dimanche matin. Mais pas de panique, il y a une machine automatique !

Première idée reçue : en Finlande, tout est écrit en anglais.


Certaines choses sont quand même
en anglais. Mais bon.
Et bien, non. Que ça soit cette machine, ou les étiquettes des produits dans les magasins, les indications d'ouverture/fermeture des commerces, ou pas mal d'autres choses, tout n'est pas écrit en anglais. Par contre, assez souvent (voire toujours, pour cause de double langue nationale), c'est écrit en finnois et en suédois. Du coup, il n'y a parfois plus la place pour écrire en anglais. On trouve au final plus ou moins autant de choses écrites en anglais qu'en France il me semble.

Qu'à cela ne tienne, nous nous faisons aider par un suédophone de passage et par une femme de ménage, qui nous apprend que nous pouvons acheter nos billets directement au contrôleur, sans payer de supplément et en ayant droit au tarif de groupe (nous étions 12, c'est pas rien). Le train était à quai, le contrôleur arrive, ô joie !

Seconde idée reçue : en Finlande, tout le monde parle anglais.

C'est faux. En Finlande, tout le monde parle finnois et/ou suédois, ça c'est sûr. Et une bonne partie des gens, sans doute la plupart des moins de 40-50 ans, et encore plus probablement dans les grandes villes du sud, parlent anglais. Ça n'était pas le cas de notre contrôleur : il ne comprenait absolument rien, comme le prouve cet extrait de conversation :

(Joo = "Oui/Ouais/Mouais" en français, c'est un oui mais pas spécialement super franc)

- Does this train go to Kemijärvi ? (Est-ce que ce train va à Kemijärvi ?)
- Joo.
- Could we have a group discount ? (Pouvons-nous avoir un tarif de groupe ?)
- Joo.
- How much is the ticket, then ? (Le ticket coûte combien, du coup ?)
- Joo.
- Does this train go to Tampere ? (Est-ce que ce train va à Tampere ? Tampere étant une ville totalement à l'opposée de là où nous voulions aller)
- Joo.


Mais il ne va pas en rester là, et va d'ailleurs immédiatement briser une autre idée reçue.

Troisième idée reçue : les finlandais sont froids/antipathiques.

Il a l'air froid et/ou antipathique, ce marchant de fruits
et légumes ?
Ce qu'il faut pas entendre. Les finlandais ont une réserve que n'ont pas les habitants de pays un peu plus latins, mais ils ne sont pas froids ou antipathiques pour autant. Lorsqu'on va vers eux et que l'on demande de l'aide, ils se plient très facilement en 4 pour aider, même s'ils ne comprennent pas la langue.

En l'occurrence, notre contrôleur est immédiatement allé chercher dans le train quelqu'un capable de faire la traduction. Cette personne l'a fait avec patience, humour, et sans hésiter un instant à aider.

Nous avions effectué une sorte de chasse au trésor dans les rues de Rovaniemi deux jours plus tôt, et la patience des différents habitants que nous avons rencontré au cours de cette découverte de la ville était presque à toute épreuve. Certains d'entre eux ont répété jusqu'à 7 ou 8 fois les mêmes indications, avec le sourire. Ils ont accepté de poser sur nos photos, et de nous prendre en photo alors que nous prenions des poses plus ou moins étranges. Bref, tout sauf froids ou antipathiques.

Et la journée est loin d'être finie. Mais avant de parler de nouveau de la froideur des finlandais, parlons météo.

Quatrième idée reçue : en Laponie, il fait froid.

Bon, l'hiver, ouais, il fait froid. Mais le climat en Laponie n'est pas exactement polaire, malgré son emplacement sur le cercle polaire arctique. Le climat Lapon est, pour être précis, continental. On va dire continental vachement prononcé (à la limite du sibérien), mais continental quand même. On retrouvera un climat semblable dans l'Est de l'Allemagne (dès Berlin, où il peut faire très froid), en Pologne,... Bien entendu les hivers sont légèrement plus froids en Laponie qu'à Berlin, mais ça n'est pas la Sibérie orientale pour autant. L'amplitude thermique mensuelle (différence maximale de température d'un mois à l'autre) reste raisonnable.

Par exemple, en ce moment, il fait un temps plutôt bon, équivalent au mois de juin en France (dans l'intérieur des terres) : de 15 à 20°C à l'ombre, un soleil qui tape un petit peu, mais par contre il fait frais s'il se met à pleuvoir. Et la nuit, la température peut déjà descendre jusqu'à 0°C et l'a déjà fait ces dernières semaines, rendant les antivols un peu résistants et déposant de la rosée sur les selles des vélos.
Elle a l'air mauvaise, la météo à Kemijärvi ? Pour information, ceci est un fleuve
(le Kemijoki, celui-là même qui passe à Rovaniemi) et non un lac.
Pour revenir aux finlandais antipathiques, le reste de la journée a achevé de briser ce mythe. Après avoir grignotté un bout sur un ponton au bord d'un lac, nous avons rencontré un pasteur qui s'est fait un plaisir de nous raconter l'histoire de Kemijärvi, ainsi qu'un peu d'histoire de la Laponie durant la seconde guerre mondiale et avant. Il se trouve que ce pasteur est le directeur des paroisses s'étendant des Monts Oural jusqu'à Vladivostok (7 fuseaux horaires). Il nous a dit avoir voyagé 100 000 km l'an dernier pour visiter les paroisses sous ses ordres, et pour remplir son rôle de missionnaire. Il nous a décrit sa tâche de directeur comme étant principalement vérifier que les gens font bien ce qu'il leur demande, et leur "botter les fesses" ("Kick their ass", ce sont ses mots) s'ils ne font pas tout bien comme il faut. Il était donc bien antipathique, comme vous pouvez le deviner.

Le grand musée de Kemijärvi
Nous nous sommes ensuite dirigés vers le musée de la ville, dont nous ne savions rien. Arrivés sur place, nous tombons sur une petite maison faisant office de musée, et sur une trentaine de personnes en costumes traditionnels nous annonçant que la fête vient de finir, mais nous invitant quand même à rester, et entrer prendre un café ou un thé. Nous avons ensuite découvert que cette fête était en fait une sorte de "venez aérer vos costumes traditionnels", organisée pour la première fois à Kemijärvi. Il n'y avait que des finlandais présents, nous sommes donc devenus la seconde attraction de la cour du musée : venant d'Allemagne, de République Tchèque et de France, nous avions fait un long voyage pour admirer cette maison regorgeant d'objets traditionnels finlandais. Les dames habillées en costumes ont posé avec nous, et nous ont chanté quelques vers du Kalevala, l'épopée finlandaise. Nous offrir un café et un accueil pareil, décidément, quels gens froids et antipathiques ces finlandais !

Nous, posant avec des gens pas du tout accueillants !

Finalement, pour conclure cette journée, nous avions le même contrôleur qu'à l'aller dans le train. Il ne nous comprenait toujours pas, mais ça ne l'a pas empêché de nous faire une réduction.

TanT que j'y suis, un dernier stéréotype pour la route : comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, non, tous les finlandais ne sont pas blonds.

samedi 13 août 2011

Premiers jours en Finlande : les grandes différences - la confiance


En Finlande, il peut être assez déroutant que des précautions qui paraissent nécessaires en France deviennent inutiles. Ce qui est le plus choquant les premiers jours est la façon dont les finlandais abandonnent leurs vélos plus ou moins n'importe où (je me suis fait voler un vélo en France il y a quelques mois, ça n'aide pas). Il y a bien entendu des espaces prévus pour, mais il est assez commun de voir des vélos posés simplement contre un mur, ou laissés sur leur béquille. Ils sont bien entendu verrouillés la plupart du temps avec un antivol généralement basique, mais sans être attachés à quelque chose d'inamovible. En France, un vélo ne tiendrait pas 5 minutes comme ça. En Finlande, il pourrait tenir des semaines.

Cette confiance se retrouve à d'autres niveaux. Tout d'abord, tous les supermarchés n'ont pas de portiques anti-vol. Et toutes les boutiques sont loin d'en avoir. Un café fréquenté par beaucoup d'étudiants permet de se resservir "à volonté" en café une fois qu'on en a acheté un, partant du principe qu'on va être raisonnable. Un vendeur de vélo d'occasion donne les clefs des antivols pour qu'on puisse essayer les vélos, sans venir voir si on ne s'enfuit pas avec. Et après, il prête même des outils pour relever la selle/le guidon.

Une certaine personne qui aurait mieux fait de se taire a récemment déclaré d'un autre peuple nordique (les norvégiens) qu'ils étaient naïfs. Ce qui peut passer pour de la naïveté pour les grands paranoïaques sud-européens que nous sommes s'avère une fois dans ces pays une confiance absolument pas absolue, mais simplement construite sur une base de réciprocité.
Cette photo n'a rien à voir, mais je parle de vélos.

Il n'est plus besoin de démontrer, tant ça a été traité par des chercheurs du monde entier, de nationalités, disciplines, confessions, opinions politiques différentes que nous sommes influencés par les interactions que nous avons avec nos semblables. Aristote disait déjà, il y a super longtemps, que l'homme est un animal social. Il avait raison, le bougre. On a toujours tendance à adapter notre comportement par rapport à notre environnement et à notre entourage : nous avons besoin des autres pour survivre, du coup autant être sympa avec eux. En bref, quand quelqu'un est sympa, et bien on va naturellement (consciemment ou non) essayer d'être sympa aussi, parfois même si on n'aime pas la personne. Ça marche aussi dans l'autre sens : si quelqu'un nous exprime directement ou indirectement qu'il ne nous aime pas, notre comportement  sera influencé réciproquement (consciemment ou non, encore une fois).

Mais cessons ce cours de pseudo-psychologie sociale immédiatement, je ne veux pas vous perdre et ça n'est pas ma spécialité. Là où je voulais en venir, c'est que je ne pense pas qu'un pays où tout le monde se méfie de tout le monde de base, et où on fait confiance au cas par cas vaut mieux qu'un pays où les gens se font plus ou moins confiance sans devenir candides pour autant, quitte à cesser de faire confiance si un problème se posait. C'est juste deux façons de voir le monde, et les autres. Il y en a bien entendu une que je préfère, mais ces manières de voir le monde dépendent de l'histoire du pays et de ses moeurs, tout se vaut au final, rien n'est vraiment totalement interchangeable. La majorité des français ne tolèreraient pas un tel mode de pensée, et c'est leur droit.

Ici, les gens s'accordent cette confiance, sans doute en grande partie parce que de base on leur fait confiance. Je peux vous assurer que ça ne m'a pas traversé l'esprit de partir avec le vélo dont j'avais pourtant la clef, et que ça ne traverserait pas l'esprit de la majorité des gens s'ils n'y pensent pas avant. Et ce, tout simplement parce que quand quelqu'un vous accorde sa confiance, et bien vous n'allez pas naturellement chercher à la perdre. Même si on vous signale sur le moment que vous pourriez partir avec sans rien payer, il y a plus que de très grandes chances pour que vous ne le fassiez pas. Parce que ça ne se fait pas. Vous êtes venus pour acheter un vélo, vous l'essayez, et s'il vous plait vous l'achetez. Si vous repartez avec sans payer, c'est que vous étiez venus pour le voler et non pour l'acheter.

Et puis bon, c'est vachement pratique de pouvoir essayer son vélo, quoi. Et de pouvoir le laisser n'importe où. Et aussi de pouvoir le laisser quelque part avec des affaires sur le porte-bagages sans même avoir à s'inquiéter. En une semaine, nous sommes déjà contaminés par la confiance !

mercredi 10 août 2011

Premiers jours en Finlande : les grandes différences - le temps

Non, je ne vais pas (encore) parler de météo. Il fait trop gris ces jours-ci pour en parler. Ah, trop tard.

Une grande différence qui apparait relativement vite également pour peu qu'on soit en contact avec un minimum de gens ici est la manière dont le temps suit son cours. 

Si ça c'est pas une horloge bizarre, hein.
Il s'écoule différemment en Laponie. Il semblerait que ça soit sensiblement partout pareil en Finlande, sauf peut-être à Helsinki où les gens sont bien plus pressés et stressés qu'ailleurs. Ça n'est pas très clair dit comme ça, j'en suis conscient, mais c'est vraiment difficile à expliquer, ça tient plus de menus détails et d'une sensation globale que d'indices évidents.

Si on veut être pointilleux, le temps s'écoule bien entendu de manière identique tout autour de notre très chère planète. Mais il y a plus ou moins autant de manières de percevoir son déroulement qu'il y a de cultures différentes, j'oserais presque dire qu'il y a autant de manières de le percevoir qu'il y a d'humains.

Les finlandais semblent, pour un "européen" (c'est leur terme pour tout ce qui est au sud d'Helsinki) comme moi, très patients. Mais vraiment patients. Ils prennent le temps de ré-expliquer calmement en anglais quand on ne comprend pas, sans s'énerver. Les voitures attendent patiemment que les 50 étudiants que nous sommes traversent la route à un rythme pourtant assez tranquille. Il y a des barres horizontales à la fin des tapis de caisse permettant de les diviser en deux zones, pour que les clients prennent leur temps d'emballer leurs affaires, alors qu'un autre client passe à la caisse. Les piétons/vélos attendent que le petit bonhomme soit vert pour passer, même s'il n'y a pas de voitures. Les conducteurs respectent (d'après ce que j'ai pu voir) les limitations de vitesse même en pleine "campagne" (en pleine forêt quoi, limité à 100 km/h hors agglomération) même si rouler au milieu des arbres devient vite très ennuyeux.

Je n'ai pas encore vu une seule personne énervée d'attendre longtemps dans une boutique, à une caisse, ou à un passage piéton, ni aucun conducteur énervé. Et, si j'en crois ce qu'on m'a dit avant de venir ici, je ne risque pas d'en voir beaucoup. Je n'ai pas non plus entendu de klaxon depuis que je suis ici.

Il peut y avoir plusieurs explications à ce comportement. Celle qui me semble la plus gentille serait que, quand la moitié de l'année il faut regarder une montre pour savoir si c'est l'heure d'aller se coucher ou l'heure de se lever, on a tendance à relativiser un peu tout ça. Une un peu plus méchante serait que les finlandais sont assez stricts en général. Malgré cette patience, il est considéré comme plus que malpoli d'arriver en retard ne serait-ce que de quelques minutes. C'est vraiment intolérable ici. Les finlandais évitent pour la plupart de sortir des clous, même s'il y a une très forte tolérance des comportements n'entrant pas dans la norme. D'où le respect du petit bonhomme vert, et du code de la route.

Quelle qu'en soit l'origine, cette perception du temps reste un vrai délice lorsqu'on vient de pays qui prennent moins le temps de prendre leur temps. C'est reposant, et ça détend. Même s'il faut veiller à ne jamais, jamais arriver en retard. La tolérance serait de mise dans la mesure où nous ne sommes pas finlandais, mais il ne faut pas abuser.

En bonus relaxation, voici une petite vidéo prise à la fabrique de vins Ala-Tennilä. C'est comme ça qu'on fait le café traditionnellement, en Laponie.


PS : l'horloge en photo est une vraie horloge, avec des piles et tout. La dame de la fabrique de vin nous a simplement dit que les seules heures qui l'intéressaient étaient en gros celle de se lever, celle de manger, et celle de se coucher.

samedi 6 août 2011

Premiers jours en Finlande : les grandes différences - la nature

On m'avait prévenu que la Finlande était vraiment verdoyante. Et pourtant, même quand on le sait, on ne peut se rendre compte d'à quoi ça correspond qu'une fois sur place. Pour faire simple : il y a de la forêt partout. Sauf s'il y a un lac. Et il y a des lacs partout (sauf quand il y a de la forêt, etc). Au niveau des lacs, Wikipédia nous dit qu'ils sont 187 888. A vrai dire, il s'agit des lacs qui ont déjà été comptabilisés...tous ne le sont pas encore.

La rue sur laquelle donne ma résidence : des arbres.
C'est vraiment difficile de décrire cette quantité de verdure omniprésente. Pour faire simple, en France, on est quasiment tout le temps entourés de champs lorsqu'on fait de longs trajets en voiture. Remplacez absolument tous ces champs par des forêts de pins à perte de vue, et vous aurez une idée de ce que ça donne. C'est visible dès Helsinki : l'aéroport est entouré de pins. On a fait une excursion à 80 km de Rovaniemi, la route était tout le temps encadrée par des forêts de pins (sauf quand il y avait des lacs, bien sûr). Les 3 km de piste cyclable que j'emprunterai chaque jour jusque l'université sont presque tout le temps entourés d'arbres. De ma fenêtre, je vois des pins jusqu'à l'horizon.

L'omniprésence de cette nature peut s'expliquer par la densité très faible de la population lapone : moins de 2 habitants par km². C'est 7 fois moins que la Lozère, département français le moins dense avec 14 hab/km². En dehors des villes, souvent assez étendues, on ne croise que rarement des maisons, éloignées les unes des autres de plusieurs kilomètres.

Un lac à côté de la piste cyclable allant à l'université.
Remarquez que, comme signalé plus haut, la forêt s'arrête là où commence le lac et vice versa.
De ce que j'ai pu voir pour le moment, les finlandais sont conscients de la beauté et de la richesse de leur environnement et en prennent donc relativement soin. Les rues et espaces publics sont bien plus propres qu'en France (même si certains laissent parfois des déchets). Il y a du recyclage pour le papier/carton, le verre, le compost et les objets métalliques. Rovaniemi n'est par contre pas équipée pour le recyclage du plastique.

En plus du recyclage, la plupart (la totalité ?) des bouteilles et canettes sont consignées : de 0.10€ à 0.20€ ou 0.30€ par bouteille en plastique, en verre ou canette métallique si vous les rapportez au magasin. Je pense que ça aide pas mal à éviter les canettes jetées dans la nature.

Premiers jours en Finlande : les petites différences

Après 9h de voyage, 3 aéroports, (Genève > Londres > Helsinki > Rovaniemi) et 6 ou 7 vérifications de mon passeport (dont la moitié à London-Heathrow), je suis finalement arrivé à l'aéroport de Rovaniemi le 1er août en fin d'après-midi.

Ne sachant pas par où commencer pour parler de la vie ici en ces premiers jours, je vais décomposer ça en plusieurs articles : les petites différences tout d'abord, qui sont celles qu'on relève généralement le plus vite à l'étranger. Les grandes différences viendront ensuite, elles prennent un petit peu plus de temps à se dévoiler. Ensuite je tâcherai de raconter un peu ce que j'ai fait ces premiers jours ici.

La première des "petites" différences est bien entendu la langue. Elle me parait assez évidente, je vais me contenter de dire que ça peut être un petit peu troublant au début. Mais on s'y fait vite, d'autant plus que tout le monde ici parle anglais.

Mon bâtiment
La seconde "petite" différence a été l'organisation. Un taxibus passant par la résidence nous a accueillit à l'aéroport, et deux de nos quatre tuteurs nous attendaient sur place. Ils avaient les clefs de nos logements, quelques papiers de l'organisme qui gère les logements, et nous ont montré sur une carte les points importants aux alentours : supermarchés, pharmacie, université. Ils nous ont laissé 15 minutes pour poser nos affaires et découvrir notre logement, puis nous ont fait visiter la résidence : recyclage, laverie, sauna. Nous avons finalement pu passer par une salle regroupant tous les objets abandonnés par d'anciens résidents, et avons récupéré ainsi quelques couverts, assiettes et verres.

Ensuite, d'autres petites différences se cachent dans le logement : pas de volets, et des doubles portes/fenêtres partout (généralement une fenêtre double vitrage + une fenêtre simple vitrage, séparées de quelques centimètres). Avoir un logement bien isolé est d'une importance capitale quand il fait -20°C plusieurs semaines de suite, et les finlandais l'ont bien compris.

La dernière petite différence que j'ai en tête pour le moment est le choix dans les supermarchés. On se rend compte qu'on n'est plus chez soi quand des produits qui nous paraissent basiques sont introuvables, et que des produits basiques qui sont pourtant en rayon sont difficiles à trouver quand on ne connait pas la langue locale : il y a par exemple un grand choix de lait en Finlande (avec, sans, ou avec moins de matière grasse ; avec, sans, ou avec moins de lactose ; parfumé ou non...), trouver un lait "normal" est difficile quand tout est écrit en finnois ou en suédois, qui est la deuxième langue officielle. Il y a en tout cas un choix assez énorme de pains ici : noir, blanc, blanc-mais-pas-trop, en tranches ou pas, en petites boules, avec telle ou telle céréale, plus ou moins sec. Le choix est même plus grand qu'en France, étonnamment.

Oh et, j'allais oublier : les coquilles des oeufs sont blanches.