Il est quand même temps, à mi-octobre, que je finisse de raconter les aventures du mois d'août. Après la fin du cours EILC, le succès de tous les membres du groupe à l'examen final et la cérémonie de clôture, nous sommes partis à 17 (deux vans de 9 places) vers le point le plus au Nord d'Europe : Nordkapp, en Norvège. Ce périple de plus de 700 km à l'aller - et au moins autant au retour - nous aura fait traverser la Laponie dans le sens de la hauteur. Comme d'habitude, une petite carte pour commencer.
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| Quand je vous le dit que c'est au Nord. |
L'aller : impossible de se perdre en Laponie
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| Petite balade pendant une de nos pauses. |
Il faut savoir qu'il y a très peu de routes principales en Laponie. Par exemple, depuis Rovaniemi, vous n'avez que 5 choix : Nord-Ouest, Nord-Est (qui se sépare ensuite entre Nord et Est), Est, Sud-Est et Sud-Ouest (qui rejoint ensuite la même route que Nord-Ouest). Pour aller à Nordkapp, nous avons donc suivi exactement la même route que pour
notre voyage à Inari, où nous avons d'ailleurs fait une pause café. Nous avons profité de la pause pour demander notre route au cas où. On nous a répondu "vous êtes sur la bonne route, mais tournez à gauche dans 50 km". On a effectivement tourné à gauche 50 km plus loin. D'après ce qu'a avancé une expatriée allemande rencontrée plus tard, c'est une façon typique d'indiquer la route ici. Elle m'a notamment raconté que des amis l'ayant invité à dîner lui avaient déjà dit "tu pars de cette ville, et 23 km plus loin tu prends le chemin de terre sur la droite, tu verras c'est la maison rouge". Le pire, c'est que ça marche.
Mais cessons cette divagation. Après une douzaine d'heures de route, dont plusieurs heures de pause, et plusieurs dizaines (centaines ?) de rennes, nous avons enfin atteint la commune de Nordkapp, et notre camping situé à une quinzaine de km du Cap en question. Il est temps de se reposer avant la longue randonnée du lendemain.
Deux Nordkapp : version touristique, version difficile
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La route vers le point touristique, vue depuis le parking
pour le point non-touristique.
Remarquez la densité de la végétation. Et des rennes. |
On pourrait croire qu'il n'y a qu'un seul point le plus au Nord d'Europe, ça serait d'ailleurs vrai et logique. Mais en fait, c'est un peu plus compliqué. Il y a un Nordkapp lieu touristique, avec des monuments, un globe terrestre métallique et un musée, perché en haut d'une falaise. Ça en jette. Mais ça n'est pas le
vrai point le plus au Nord d'Europe. Pour atteindre le vrai Nordkapp, représenté par une simple balise en béton, il faut marcher 8 km depuis un petit parking situé quelques kilomètres avant le Nordkapp touristique.
Le sentier de randonnée est peu marqué au sol, il est simplement indiqué par de gros tas de pierres empilées à intervalles régulier ou par des flèches peintes sur des gros rochers. A l'aller, je n'avais pour être franc pas compris le rôle de ces tas de pierres. Je vais y revenir. Nous voici donc partis pour 8 km de marche jusqu'au vrai point le plus au Nord d'Europe. Comme vous pouvez le deviner, le temps n'était pas très beau. Nous avons subi une pluie fine toute la journée, ce qui a trempé nos jeans et a même pénétré nos coupe-vents imperméables. Sur le dernier kilomètre, nous devions marcher sur des roches assez glissantes orientées en pente douce directement sur l'Océan Arctique. Mes lunettes étaient couvertes de gouttes : impossible de voir avec, impossible de voir sans, et c'était encore pire si j'avais l'idée de les essuyer. Impossible de les essuyer de toute façon : je n'avais plus rien de sec avec moi.
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Attention à ne pas glisser.
Le Nordkapp touristique est perché sur la falaise au fond. |
3 heures de marche plus tard, nous voici arrivés au vrai Nordkapp. Petite pause de 5 à 30 min selon l'ordre d'arrivée (10 min pour moi) le temps de prendre des photos et de grignoter quelque chose en subissant un fort vent venu de l'Océan et une pluie battante, et nous voilà repartis en sens inverse.
C'est là que nous commençons à nous rendre compte de la dangerosité - relative - de cette randonnée. Le vrai risque n'est pas tant de glisser dans l'Océan que de se perdre. En effet, le temps est très changeant au Nordkapp et un brouillard épais commence à tomber. Nous ne pouvions plus voir qu'à quelques dizaines de mètres devant nous. D'où l'utilité des piles de pierres : on peut généralement les apercevoir à travers le brouillard. Parfois, il était trop épais pour ça, nous continuions donc droit devant en gardant en vue le tas précédent. Il est généralement conseillé aux randonneurs de laisser un mot sur le tableau de bord indiquant par exemple l'heure de départ en randonnée et le nombre de personnes, histoire que des secours se mettent en route assez vite. Nous sommes bien entendu tous rentrés sains, saufs, trempés et les chevilles couvertes de boue.
Malgré la difficulté de la randonnée, je ne regrette absolument pas le choix que nous avons fait de marcher. Si c'était à refaire, je le referais volontiers : atteindre le point le plus septentrional de l'Europe est quelque chose qui se doit d'être un minimum "sportif" selon moi : on doit vaincre le Nordkapp, et pas simplement y aller en voiture, prendre deux photos et repartir. Je ne ferais sans doute pas le voyage à l'identique par contre, et me permets de partager les raisons avec vous.
Auto-critique : quelques conseils pouvant être utiles
Malgré une bonne préparation et une aventure fabuleuse, certaines choses auraient pu rendre ce voyage plus sympathique. Si vous souhaitez réaliser cette aventure, permettez-moi de vous prodiguer quelques conseils qui peuvent paraître ridicules, mais qui nous auraient bien servi.
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| Le fjord où était situé notre camping. |
Tout d'abord, faire un voyage aussi long juste pour le Nordkapp est un peu dommage. Nous étions trop nombreux pour nous permettre un voyage durant plus longtemps (prix de l'hébergement et des véhicules), ça n'est donc pas tant une critique envers notre voyage qu'un conseil aux personnes intéressées : il peut être plus intéressant de visiter d'autres choses sur la route (fermes de rennes, villes, ...) que de vous contenter du Nordkapp. Pour ça, il vaut mieux partir moins nombreux.
Pour la randonnée elle-même, en plus de laisser un message dans la voiture je conseillerais chaleureusement de laisser des vêtements chauds et secs. Nombre d'entre nous n'avaient même pas de jean sec de rechange (j'en faisais partie). Vu la quantité de pluie absorbée par nos vêtements, tous n'étaient pas encore secs le lendemain.
Enfin, renseignez-vous quand à la validité de l'assurance de votre véhicule de location si vous voyagez entre les différents pays scandinaves. Chaque compagnie a des règles spécifiques, il vaut donc mieux être honnête avec eux et dire où vous projetez d'aller. Nous avons eu un souci - sans gravité - avec un des vans, ça nous aurait évité bien des soucis d'y avoir pensé.
Même si je ne suis pas sûr qu'ils liront un jour ces lignes, je tiens particulièrement à remercier tous nos conducteurs durant ce voyage : la route était longue, monotone, et parfois loin d'être facile. Ils ont néanmoins réussi à nous transporter avec brio et en toute sécurité. Merci.
Ainsi se termine cette aventure. Pour conclure, une photo d'une partie de notre groupe au bord de l'Océan, dans le pur style série américaine. Vous pouvez voir toutes les photos du voyage
dans la galerie.